Il est impossible de se réjouir de la réélection de Lula, que l’on soit de gauche ou de droite. A moins de détester ce pays, il est inconcevable de célébrer la perpétuation au pouvoir d’un homme et d’un groupe politique qui, en 20 ans, ont rendu le Brésil plus pauvre, plus violent et moins optimiste. Est-ce que Lula à 81 ans peut accomplir ce qu’il n’a pas pu ou voulu faire quand il avait toutes ses forces ? Donne-t-il au moins l’impression d’avoir appris de ses erreurs et vouloir faire autrement dorénavant ? La réponse est non à ces deux questions.
Lula n’est pas du tout dans la perspective d’une correction de la feuille de route. Bien au contraire, il appuie sur l’accélérateur. Il s’entête à employer des méthodes qui ne marchent pas et à monter la garde autour de croyances dépassées.
Sur le plan de la sécurité, Lula s’obstine à ne rien faire. Pas question d’endurcir le code pénal (très laxiste), de mettre à niveau les prisons (une école du crime et une base-arrière de la mafia) ni de démanteler les grandes mafias (PCC, CV entre autres). Un signe qui ne trompe pas : l’élection de Lula est fêtée comme il se doit dans les prisons brésiliennes. Je ne comprends pas comment un analyste sérieux peut se réjouir d’avoir les mêmes préférences politiques qu’un tueur à gages…
Sur le plan de l’économie, Lula est une tête de mule. Il fait tout en son pouvoir pour que le Brésil demeure un enfer économique, fiscal et juridique. Pas question de réduire les impôts dans un pays où la TVA est de l’ordre de 28. Le taux d’intérêt de base frôle les 14% par an ! Il reflète une politique budgétaire qui consiste à dépenser plus que ce que l’on gagne et à remplir le trou par la dette publique. Le déficit budgétaire a été de 8,34% en 2025 et la dette dépasse déjà les 80% du PIB. Tout cela pour « acheter les voix ». Celles des miséreux, abonnés aux programmes d’assistanat. Celles de l’establishment politique au sens large (du niveau fédéral au niveau local), arrosé de toutes part par l’argent public. C’est toujours la fête à Brasilia ! Lula distribue les postes aux politiciens, du centre et de la gauche, qui « sucent le sang » des entreprises publiques et des agences de l’Etat dont ils ont la charge. La corruption et la mauvaise gouvernance qui s’en suivent font ressembler les comptes publics brésiliens à une hémorragie sans fin.
Cette recette est un piège mortel pour les Brésiliens, condamnés à emprunter à des taux usuriers et à payer des impôts énormes qui finissent dans les poches de voleurs en col blanc.
Sur le plan de l’éducation, Lula observe sans réagir l’effondrement du Brésil dans le classement PISA. L’élève brésilien est systématiquement en retard sur la moyenne OCDE en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences. Dans ce dernier domaine, 52% des élèves brésiliens sont en difficulté contre 25% pour l’ensemble de l’OCDE. Pourtant, le Brésil dépense beaucoup : 4,6% de son PIB vont à l’éducation publique, tout comme la France. Le problème de fond réside dans les méthodes et les programmes. Lula aurait pu faire une révolution éducative et cognitive dans son pays. Il s’en est abstenu car il ne veut peut-être pas que les pauvres accèdent aux lumières du savoir. Ils risquent de le voir tel qu’il est…
Une analyse similaire peut-être menée dans tous les domaines, je me limiterai ici à deux autres, les plus ignorés en France et en Europe.
Le premier est le sujet du narcotrafic.
Par plus d’un aspect, le Brésil s’est mis à ressembler de plus en plus à la Colombie des années 1990 avec Pablo Escobar et les grands cartels. Le crime organisé s’infiltre partout, il forme des juges et des avocats, il opère des fonds d’investissement et des start-ups, il produit du sucre et du soja. L’économie métabolise l’argent sale et la culture rend licite le mode de vie narco. Lula, lui-même, a affirmé que les trafiquants sont des victimes, les victimes de leurs clients : si ces derniers ne consommaient pas de cocaïne, les dealers ne prendraient pas le risque de la vendre…
Rio de Janeiro est l’état le plus proche de la définition du narco-état. Depuis 2020, trois gouverneurs cariocas ont été limogés pour des affaires criminelles, trois patrons de la police judiciaire ont subi le même sort, des pans entiers de l’Etat (villes et zones rurales) sont sous l’emprise de la mafia. Le transport maritime, la logistique, les télécoms, autant de secteurs où il faut s’arranger avec le crime organisé pour opérer sinon… D’autres Etats suivent la même pente notamment en Amazonie où la forêt est colonisée par des groupes illégaux qui exploitent les métaux précieux et pratiquent le trafic de drogue. Dans le nordeste, le fief inexpugnable de Lula, il est commun de voir les trafiquants expulser les familles de leur maison manu militari. Les gens s’enfuient à la hâte laissant la nourriture dans le frigo et les vêtements dans la machine à laver (Ceara, Pernambuco entre autres).
25% des Brésiliens vivent sous l’emprise de la mafia. Le quart de la population souffre d’une tyrannie qui n’intéresse pas les milieux progressistes.
Dans ce contexte, assimiler le Brésil a une démocratie est une vaste blague. Croire que Lula n’y est pour rien est une preuve d’aveuglement. Il est responsable de l’apathie voire de la complicité des autorités brésiliennes avec le crime organisé.
Enfin, Lula et ses amis ont cassé le vernis démocratique qui rattachait encore le Brésil au reste du monde occidental. Au prétexte de sauver le pays du spectre du fascisme, la cour suprême (STF) épaulée par la presse, l’université et la gauche ont systématiquement démantelé les libertés politiques au Brésil. En arrivant au Brésil pour la première fois en 2011, je suis tombé sur un pays violent mais libre. Aujourd’hui, il est à la fois violent et bâillonné. La presse est censurée, les réseaux sociaux également. Nombre de journalistes dissidents sont en exil aux Etats-Unis et en Europe. Les juges de la cour suprême se plaisent à légiférer à la place du parlement et à mener des enquêtes criminelles clairement au-delà de leur compétence constitutionnelle. Qui en profite ? Lula et le « club » des grands magistrats (juges et procureurs fédéraux). Ensemble, ils cogouvernent le pays de facto.
En somme, le Brésil est en détresse. Il a besoin de notre empathie. Or, je vois trop d’observateurs et de décideurs étrangers qui applaudissent son naufrage. Ils ne sont pas tous victimes de l’idéologie. La plupart ne parlent pas le Portugais et sont trop paresseux pour s’informer au-delà des médias traditionnels, fascinés par Lula et sidérés par Bolsonaro comme des enfants qui croient au Père Noël et aux maisons hantées. Rarement, un pays occidental aura été aussi mal compris par les Occidentaux. A la limite, que le Congo soit un mystère peut se comprendre, que le Brésil soit aussi mal compris dépasse l’entendement.
Le Brésil est le problème des Brésiliens. Nous autres, observateurs étrangers ou amoureux du Brésil, leur devons la sincérité et le respect.
Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur leurs malheurs au prétexte que Lula protègerait l’Amazonie ou qu’il s’oppose à Trump. Nous n’avons pas besoin de broyer les Brésiliens pour maintenir les arbres debout ou entraver la doctrine Monroe.
Le Brésil n’est pas une colonie ou une réserve d’Indiens dont l’intérêt supérieur passe au second plan par rapport au nôtre.
P.S Je vis au Brésil depuis 16 ans, j’y travaille et j’y ai fondé une famille.


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